• Iquitos, loin au bord de l'Amazone, au coeur de la jungle péruvienne. Accessible seulement par bateau ou par avion. L'ancienne capitale du caoutchouc. Aujourd'hui, beaucoup de misère, et la beauté de l'amazonie.
    J'y ai passé la soirée du 31 décembre... et finalement je ne suis pas restée seule.
     
    J'avais rencontré un petit cireur de chaussures qui manifestement avait faim. Alors je lui ai offert un repas à une terrasse. Presque aussitôt il y a eu deux autres enfants, et le petit a demandé des assiettes pour partager avec ses copains.
     
    Ils se sont jetés sur la nourriture, mais au bout de très peu ils étaient rassasiés, et ils ont voulu qu'on leur mette le reste dans un sachet.
    Alors deux hommes leur ont demandé ces restes et ils les leur ont donnés sans réserve, spontanément, et les hommes ont encore partagé avec d'autres sur le trottoir.
     
    Les petits étaient éveillés et rieurs. Ils se débrouillaient pas mal en anglais. Ils allaient aussi dans des activités éducatives organisées par des animateurs d'enfants des rues. Mais celui de 8 ans ne savait pas du tout lire. Ils m'ont posé des tas de questions sur ma famille, sur la France, et ils m'ont offert un collier en me disant que maintenant j'avais 3 petits enfants à Iquitos.
     
    Finalement je leur ai payé le cinéma, "Los incredibles", ce qui manifestement était le top pour eux.
    Et en allant au cinéma je me suis retrouvée avec une petite menotte de 8 ans qui cherchait ma main, et très vite de l'autre coté, une main de 13 ans, sans honte de le faire devant tout le monde.
    J'ai dû les bousculer un peu pour qu'ils entrent dans la salle, le film commencait et eux s'attardaient sur les bises de bonne année. Finalement ils ont disparu en un éclair, en laissant leurs petites caisses derrière le bar.
     
    Vous voyez, c'était une fête de nouvel an pour nous quatre.
    Sur la photo, ce sont d'autres enfants d'Iquitos, mais ils leur ressemblent.

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  • Oaxaca, ville tranquille, couleurs des tissus, des fleurs, des maisons,odeurs de gardenia. Bon enfin, vraiment beaucoup de charme.
    Je me suis installée dans une sorte d'auberge de jeunesse. 3 dans la chambre le premier jour, depuis je suis seule. Propre, eau chaude, pas de bruit, en plein centre, pour même pas 5 euros par jour... du coup je peux donner plein de sous aux innombrables mendiants (crève coeur, beaucoup d'enfants et des personnes très agées), acheter des cadeaux et boire du mescal.
    Je vous entends rigoler, mais pourquoi se priver, ca a l'air d'être la capitale du mescal et du chocolat!
    J'ai passé pas mal de temps avec un peintre tres intéressant (ami de Nicolas de Jesus et qui s'appelle... Jesus Gerardo de la Barrera de je ne sais quoi). Sobre, comme garcon, personne n'est parfait.
     
    Je suis allée voir l'arbre de Tulè (un village près de Oaxaca). C'est une sorte de sapin très large, âgé de 2000 ans, haut comme 2 fois l'église à côté et avec des kilomètres de tour de taille. J'y suis allée parce que je passais par là, mais contre toute attente il m'a vraiment impressionnée. Pas à cause de sa taille, mais parce qu'on dirait un pachyderme immense et très vieux. Il fait beaucoup plus animal que végétal, avec un tronc qui fait de grands plis verticaux et gris, comme des fanons, et les branches sont comme des protubérances puissantes et mouvantes.

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  • Une expérience que j'ai envie de vous faire partager (pas drôle, mais ca existe):
     
    En Bolivie, à Potosi, j'ai visité une mine coopérative, où les mineurs ont des conditions de travail vraiment du 19e siècle.
    Potosi, à 4000 m d'altitude, était une ville très riche, avec des mines d'argent, au 17e siècle. Plus tard sa splendeur a chuté avec le prix du minerai d'argent. Sur la photo, c'est une procession pour l'enfant Jésus... mais les petites carrioles sont couvertes d'objets en argent: plats, fourchettes etc, en l'honneur de cet argent qui a fait la richesse de la ville... et la souffrance de son peuple. 
    Depuis, les mines ont en partie continué, avec aussi d'autres métaux. La montagne est devenue un gruyère, ou encore 8000 mineurs travaillent, dans plus de 150 entreprises, dont beaucoup de coopératives.
    En 400 ans, 7 à 8 millions d'ouvriers y sont morts de silicose, d'épuisement, d'accidents.
     
    Dans les coopératives, chaque ouvrier achète son matériel, y compris dynamite, détonateurs etc... au marché des mineurs. Tout ca est en vente libre, y compris aux gamins.
     
    Quand on visite, en petits groupes, on est avec les mineurs, et on passe à quatre pattes dans les boyaux suffocants et en pente qui sont leur passage normal. Au fond, une chaleur si insupportable qu'ils ne peuvent meme pas se mettre un chiffon devant la figure pour se protéger de la poussière. Si on le fait, on ne peut carrément plus respirer.
     
    Pas étonnant qu'ils soient tous à mastiquer des feuilles de coca, qui leur font comme une énorme boule sous une joue. Ils oublient la faim et la fatigue avec ça, ils utilisent par dessus une sorte d'anesthésiant, je ne sais pas ce qu'est ce produit.
     
    Depuis 4 ans, ils ont un treuil électrique qui remonte du fond des énormes sacs (200kg) remplis du minerai que les mineurs amènent dans des wagons de 2 tonnes qu'ils tirent avec des cordes et qui déraillent tout le temps. Avant, tout ca était remonté par ces couloirs étroits, à dos d'homme, par sacs de 50 kg.
     
    Espérance de vie: 45 ans, la plupart silicosés en quelques années.
     
    Comme ils sont payés à la production, certains se font aider par leurs enfants, ou les enfants d'autres mineurs. Ils sont habitués à cette idée depuis tous petits, et il n'y a pas d'autre travail. C'est comme ca qu'ils l'expriment. Beaucoup ne savent pas lire.
     
    S'ils ont un accident ou une maladie, aucune couverture, sauf pour ceux qui ont pu adhérer à la coopérative (se fait au bout de 4 ans de travail, moyennant une somme importante, donc ils sont minoritaires).
     
    Dans les entreprises privées, la situation est meilleure (couverture sociale, machines, meilleurs salaires) mais il y a peu d'emplois et ils ne veulent que des jeunes...
     
    Autre chose: pour séparer les différents métaux, ils utilisent dans un atelier de l'acide sulfurique, du cyanure et autres joyeusetés, sans protection aucune pour le personnel, et tout ca va se déverser dans une rivière qui va ensuite en Argentine... ils appellent ça le Rio Negro! Bon, enfin, une horreur.
    Je n'ai pas de photos de la mine, mais vous pouvez en trouver sur le site de Pierre et Marie Elise, suisso-camerounais qui faisaient le tour du monde et étaient avec moi ce jour là: http://tdm.duperrier.net

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